Archive for juin 12th, 2008

12
Juin

Il y a des jours comme ça…


Je sais que beaucoup n’ont pas encore pris la mesure du dernier post de Xavier sur Radiohead , mais parfois l’actualité se permet de bousculer un peu les choses.
Ce mardi matin, je suis tombé sur le reportage suivant sur France Inter (diffusion peut-etre ultérieurement)

Dominique Aria, vendeur de disque depuis 20 ans à la Fnac a donc été licensié pour faute grave, celle de ne pas avoir respecté la procédure de sortie des objets à la vente. 2CD et un DVD, nichés dans sa poche de gilet à la sortie de son travail (comme il doit en avoir toute la journée pour remplir ses rayons), la sonnerie en sortant du magasin, la police, la convocation de la direction, et c’est 3 semaines de mise à pied. S’ensuit un licensiement sans indemnité ni explication complémentaire.

Je ne connais pas ce vendeur, mais je connais de reputation (et meme un peu plus) le dynamisme de cette ville et de cette région dans le domaine musical et artistique plus généralement.
Je connais et j’apprécie. Connu et apprécié, Do Aria, 20 ans d’expérience à la FNAC, l’est aussi dans le milieu, et certains témoignages de mes proches le fréquentant ne laisse pas de trace pour le doute quant à son honneteté.
Responsable passionné du rayon Rock Indépendant, on apprend que le personnage s’etait imposé comme véritable dénicheur de talent, assurant la promotion de ses coups de coeur jusque dans les salles de la région. Il avait ainsi contribué à faire de son rayon le plus complet des Fnac, « mieux qu’à Paris, mieux qu’à Bruxelles » apprend-on en se renseignant sur le personnage.
Je n’ai pas de doute quant à son honneteté, d’ailleurs l’absurdité d’un tel acte de vol lorsqu’on est vendeur a de quoi laisser dubitatif : 3 objets pour une valeur totale de 57€, 2 CD et 1 DVD.. alors qu’une bonne partie de son boulot consiste à recevoir des disques promotionnels et décider de les mettre en rayon ou non, cela ne tient pas debout. Surtout aujourd’hui quand on connait les différents moyens d’obtenir de la musique gratuitement sans risque.

Le site officiel pour le soutien de Dominique Aria voit en ce 1er licenciement l’ouverture de la chasse aux vendeurs. Apres la fin des disquaires indépendants, tous morts au profit de ces grosses structures, c’est le dernier pan du choix culturel musical qui s’écroule. Moins de vendeurs, moins de conseil (ou meme plus du tout), choix plus limité, etc…Tout le monde n’a qu’à écouter Madonna ou Johnny après tout.
Ce comité de soutien s’organise, lettre au PDG, avocat, témoignages , avec un slogan, « Je préfère avoir tort avec Dominique Aria que raison avec la Fnac de Lille » . Do Aria reçoit également le soutien de nombreux artistes comme Yann Tiersen, Dominique A, Sharko, etc.., et la presse régionale s’en fait l’echo, que ce soit écrite , télé , et radio (voir plus haut), où l’on apprend notamment que des structures culturelles envisagent de suspendre la collaboration artistique avec la Fnac de Lille :
[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/x55ww7_le-comite-de-soutien-a-dominique-ar_news[/dailymotion]

Ceux qui ont vu et aimé High Fidelity connaissent bien l’histoire du héros joué par John Cusack, petit disquaire passionné par la musique, passionné par son boulot.
Le personnage s’evertue à faire des classements plus ou moins utiles, comme le « Top 5 des chansons du samedi matin » ou le « Top 5 des ruptures les plus douloureuses ».
A la fin du film, l’ Happy Ending amoureux pour Cusack se double d’un dernier classement toujorus commencé et jamais terminé, celui des « Top 5 des métiers qu’il aurait toujours voulu faire », en reconnaissant que c’est bien le métier de disquaire passionné qu’il est qui doit figurer en haut de ce classement.
Par cette affaire et d’autres encores, la Fnac est donc en train de tuer cette passion au sein de ces enseignes, comme elle est en train de décimer la qualité de service que peut rendre un vendeur.
Déja en 2007, les employés faisaient greve pour protester contre la mutation de leur magasin en « hypermarché » et une dévalorisation de leur travail.
Ces derniers jours, on apprend que c’est bien une restructuration qui est au coeur des préocupations. Directement visé, le rayon disque, bien-sur. Avec l’assurance d’être reclassé bien entendu.
Sauf qu’on ne peut pas demander à un disquaire passionné de Musique Classique ou de Rock Indépendant de reprendre le rayon jeu vidéo avec la meme passion. Cela n’a pas de sens.
Une rapide recherche sur internet apprendra que la Fnac a déja réduit de 40% la surface consacrée à la vente des disques pour se recentrer sur les activités plus rentables.
Dans ce contexte là, il est bien évident qu’un rayon de Rock Indépendant, fût-il extremement dynamique et rayonnant dans la région entière, est plus que superflux et meme handicapant pour la profitabilité de l’entreprise (j’allais dire actionnaires). Dans ces conditions, on « comprend » bien que la Fnac saisisse toute opportunité possible pour se passer d’un responsable de rayon.

En tant qu’être humain, cette décision de renvoi immédiat est dégueulasse. En tant qu’amateur de musique (de Rock Indé, en plus), elle est incompréhensible. En tant que consommateur elle est inacceptable. Le consommateur n’a donc pour lui d’autre choix que celui du « Boycott ».
Personnellement je n’acheterai plus de disque dans cette enseigne (certaines mauvaises langues diront que c’est pas pour ce que j’en achetais, mais sachez que j’y laissé quand même quelques pécunes, depuis le temps..). Décision que prendront certainement beaucoup d’amateurs de musique, ce qui ne va pas arranger les affaires des rayons disques de la Fnac. Et encourager une restructuration vers les activités plus rentables, et mettre probablement d’autres passionnés sur le trottoir. Cercle vicieux.